Par   Zabeirou Moussa (Le Sahel/ONEP)

Suite à la tenue de la réunion extraordinaire du Conseil National de Dialogue Politique (CNDP) du vendredi 3 juillet 2020, le Premier ministre, SE. Brigi Rafini, Président de ce conseil a animé un point de presse ce 4 juillet dernier. Il s’agissait pour le président de ladite instance de régulation politique au Niger de faire le point des discussions que les regroupements de partis politiques présents à la rencontre ont eues. Le président du CNDP s’est essentiellement appesanti sur deux points : le dialogue politique et le processus électoral en cours au moment où le pays entre véritablement dans une période pré-électorale.

À un moment où les échéances électorales s’approchent inexorablement et que les processus suit son cours au niveau la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), la classe politique doit se parler à travers ce cadre de concertation et mieux encore cet instrument d’accompagnement des institutions de l’État qu’elle s’est librement donné depuis fort longtemps. C’est donc dans cette optique que s’est tenue la réunion extraordinaire. Dès l’entame de son propos liminaire, le Premier ministre et président du CNDP a déploré le fait que le conseil connait encore quelques difficultés du fait du boycott systématique de ses assisses par l’opposition politique depuis 2016. En ce vendredi, l’opposition était absente, a-t-il  fait constater. «Malgré les nombreuses démarches engagées par la majorité au pouvoir l’opposition a campé sur sa position et est restée inaccessible», a déploré le président du CNDP alors que, estime-t-il, beaucoup ou l’essentiel de ses préoccupations posées comme préalable ont été prises en compte.

Ces préoccupations sont  principalement liées à la révision du Code électoral notamment en ses articles 8, 12, 80 et 81. Le Président du CNDP a indiqué que l’opposition politique nigérienne a conditionné son retour dans ce cadre de concertation si les points évoqués sont inscrits dans l’agenda des réunions. «Le code a été révisé avec la participation de l’opposition dans le cadre d’un comité tripartite créé à la suite d’une réunion du CNDP convoquée à la demande spéciale de l’opposition politique» a dit le président du conseil. Parlant du processus, le Premier ministre a expliqué que l’opposition a participé à certains travaux au sein du comité ad ‘hoc mis en place à cet effet avant de suspendre sa participation. «Beaucoup de points de divergences ont trouvé satisfaction et seuls les quatre points cités plus haut  n’ont pas eu le consensus parfait» a dit le Premier ministre.

Point par point, le Président du CNDP a expliqué les différentes avancées enregistrées pour satisfaire les exigences de l’opposition. Sur la composition de la CENI portée par l’article 12, celle des bureaux de vote portée par les articles 80 et 81 du code électoral. «L’opposition a boycotté la session du CNDP qui a examiné les travaux du comité ad ‘hoc alors même que ses représentants y avaient activement pris part et paraphé les documents», a rappelé le président du CNDP. Il a précisé qu’en ce qui est de la représentation au sein de la CENI, le nombre de sièges attribués aux regroupements de partis de la majorité comme de l’opposition est passé de trois (3) à cinq (5). Mieux les partis non-affiliés, qui n’y siégeaient pas, ont désormais deux (2) places au sein de la CENI et cela suite aux réformes réalisées. La nouvelle disposition a prévu également que les trois groupes ont désormais un représentant au sein du bureau de la CENI. SE. Brigi Rafini a partagé l’amer constat que les sièges de l’opposition sont restés encore vacants, tout en soulignant qu’elle peut l’occuper à tout moment. Il s’est au passage réjoui de la désignation du représentant de l’opposition dans le Secrétariat permanent du CNDP.

Parlant du dialogue politique, qui a du plomb dans l’aile, le président du CNDP a réitéré la volonté intacte de la majorité de le voir s’ouvrir à nouveau avec l’ensemble des acteurs politiques. Le Premier ministre a rappelé que le contact a pu être renoué, il y a quelques mois, avec la tenue d’une rencontre de haut niveau pour déterminer les modalités du dialogue inclusif. À l’issue de cette réunion, un point de presse conjoint a été animé par le président du CNDP et les trois regroupements. SE Brigi Rafini a indiqué qu’il a été convenu que les échanges tourneront autour de l’organisation des élections, la CENI, le CNDP et l’accès aux médias publics, avec un format de dialogue arrêté d’un commun accord devant des témoins nationaux et internationaux. «L’opposition, qui a réclamé l’organisation d’une telle rencontre, avait eu entière satisfaction et la majorité était aussi d’accord pour discuter de toutes les questions», a-t-il déclaré. Pour le président du CNDP, le plus important est d’organiser les élections avec la participation de toute la classe politique et que le dialogue reprenne avec la majorité, l’opposition et les non-affiliés. Mais les représentants de l’opposition manquent encore à l’appel. Et c’est pourquoi, selon lui, le dialogue inclusif n’a pas véritablement commencé.

Mais en dépit de tout cela, la CENI poursuit son travail dans la perspective des élections. Le président du CNDP a annoncé qu’en conséquence, le fichier électoral biométrique sera disponible dans quelques semaines. En plus, l’instance électorale a actualisé le chronogramme des élections et en a fait part lors de la dernière session extraordinaire du CNDP. Celle-ci prévoit l’organisation des élections législatives et l’élection présidentielle 1er tour à la date du 27 décembre 2020, les locales le 17 janvier 2021 et le second tour de la présidentielle est fixé au 20 février 2021. La présentation dudit chronogramme a donné lieu à des débats au cours desquels, les partis présents à la réunion ont salué le maintien de la date des élections générales. Mais la date de la tenue des  élections locales a suscité des débats houleux et vifs de la part des participants qui y voyaient des enjeux particuliers, a reconnu le président du CNDP. Plusieurs partis ont souhaité l’organisation des élections locales, qu’ils jugent d’un enjeu capital, avant le 1er tour des élections présidentielles et des législatives. Pour le président du CNDP, c’est la CENI qui est interpellée. «Elle seule en son âme et conscience doit retenir une date dont la faisabilité est avérée» a-t-il indiqué. «Les autorités, qui n’ont d’ailleurs aucune injonction à donner à la CENI, ont souhaité que l’ancien chronogramme tienne la route et que les locales se déroulent le 1er novembre», a dit le premier ministre.

Le choix de la CENI de ne pouvoir tenir le calendrier initial est imposé par des contraintes externes. Toutefois, le président du CNDP, attentif aux insistances des acteurs politiques a indiqué qu’il va continuer à demander à la CENI d’étudier toutes les possibilités d’organiser les locales avant les élections générales. Cependant, le président du CNDP a estimé que si la CENI juge impossible techniquement de le faire, les acteurs politiques de toute tendance ne peuvent que se plier aux impératifs qui s’imposent à la commission et accepter son chronogramme. Pour lui, c’est la faisabilité technique qui détermine la date de l’organisation des élections car, il n’y a aucun problème ni de financement, ni d’autres contraintes  que celui soulevé par la CENI, à savoir la perturbation de calendrier par la Covid 19 et les questions sécuritaires lui ayant fait accuser un retard non rattrapé.

S’agissant de la participation de la diaspora nigérienne aux élections, la CENI n’a pas également été en mesure d’organiser l’enrôlement des électeurs pour les mêmes raisons a déploré le président du CNDP. Ce n’est ni la volonté, ni les moyens qui manquent à la CENI pour procéder à l’opération d’enrôlement des Nigériens de la diaspora, mais plutôt la fermeture des frontières consécutive à la  pandémie de la covid19. «Comprenant cela, les partis présents à la réunion du vendredi 3 juillet, ont encouragé la CENI à le faire dès que les conditions le permettent» a dit le premier ministre. Parlant du financement des élections, le Premier ministre a indiqué que l’État a injecté plus de 77 milliards en deux ans dont 41,9 milliards au titre de l’année 2019 et 35,5 milliard F CFA pour l’année 2020, hors appui budgétaire annoncé ou reçu des partenaires.

SE. Brigi Rafini a conclu qu’il ne se pose aucun problème à ce sujet. Pour le président du CNDP, l’enjeu actuel, c’est la participation de tous les acteurs au dialogue politique et la conduite du processus électoral qui se veut inclusif. «Il est temps qu’on se retrouve ensemble», a dit le président du CNDP tout en invitant la classe politique à faire confiance à la CENI. SE. Brigi Rafini  a réaffirmé à nouveau l’engagement des autorités à travailler avec toute la classe politique et a invité l’opposition politique à rejoindre les autres regroupements au sein du CNDP pour que le dialogue soit véritablement relancé. Le président du CNDP a rappelé que l’engagement du Président de la République reste constant, celui d’organiser des élections démocratiques, transparentes, libres et inclusives  que rien ne doit ou ne peut entacher.